Vacarme en réunion
Iceberg Submersif – Dissidences Cannibales
Bolo’bolo

Tombés, un peu par hasard, un peu par évidence, sur ce texte : Bolo’bolo dont on ne sait pas grand chose pour le moment. Si ce n’est qu’il a été écrit pas un illustre anonyme suisse-allemand, nommé PM, en 1983. Bolo’bolo, ça ressemble à une sorte de programme politique déluré pour construire une « seconde réalité ». C’est-à-dire construire en détruisant la réalité porté par la Machine-Travail Planétaire.

Après une première parie d’anthropologie politique, qui dresse comment le « progrès » n’a été que l’établissement d’un asservissement, comparant la liberté présumée des premiers hommes, chasseur-cueilleurs, avec l’encastrement de notre « temps libre » aujourd’hui ; on tombe sur une sorte de typologie des différents groupes dans lesquels les hommes se trouvent aujourd’hui prit, et le « deal » avec la machine-travail planétaire qui corresponde à chacun.

Mais la partie de loin la plus intéressante, c’est ce qui suit : « La fin du réalisme politique », « La seconde réalité », « Bolo’bolo n’est pas moral » ; ainsi que « Substruction », « Dysco », et « Trisco » qui ouvre la voie à la construction de notre seonde réalité.

Voici le texte dans son intégralité, dans l’édition de l’Éclat, de 1998 : bolobolo

Parmi les passages qu’on a préféré, il y a les passages lus dans l’émission #17, qu’on remet ici :

Réalisme et Seconde réalité – passages choisis

Misère dans le Tiers-Monde, frustration dans les pays socialistes et déception à l’Ouest : la dynamique principale de la Machine est le mécontentement réciproque et la logique du moindre mal. Que pouvons-nous faire ? Les politiciens réformistes proposent d’aménager la Machine, de la rendre plus humaine et plus agréable à vivre en utilisant ses propres mécanismes. Le réalisme politique nous conseille de procéder par petits pas. Selon les « réalistes », la révolution microélectronique serait en mesure de nous fournir de nouveaux moyens pour les réformes.

Ces propositions sont raisonnables, même réalisables et certainement pas extravagantes. Elles constituent le programme plus ou moins officiel des mouvements alternatifs, socialistes, verts, pacifistes en Europe occidentale, aux États-Unis et dans d’autres pays. S’il était réalisé, la Machine-Travail aurait un air plus supportable. Mais même ce programme « radical » n’implique qu’un réajustement de la Machine, non pas sa destruction. Aussi longtemps que la Machine existe, l’auto-administration et l’ « autonomie » ne peuvent qu’être utilisées comme espace de récréation pour la réparation des travailleurs épuisés.

  La Machine-Travail Planétaire (MTP) est omniprésente et ne peut pas être arrêtée par la politique.

Ne nous y trompons pas : même si nous mobilisons tout notre esprit de sacrifice, tout notre courage, nous ne pouvons rien faire. La machine est parfaitement équipée contre les kamikazes politique s comme l’ont montré les expériences de la Fraction Armée Rouge (RAF), des Brigades Rouges, des Montoneros et d’autres. La Machine peut coexister avec la résistance armée et la transformer en moteur de son perfectionnement. Il n’y a pas de problème moral, ni pour nous, ni pour la Machine.

Que nous nous suicidions, que nous réussissions un super deal, que nous trouvions un créneau ou un refuge, que nous gagnions à la loterie, lancions des cocktails-molotov, que nous adhérions à un parti de Gauche, que nous nous grattions derrière l’oreille ou que nous jouions au tireur fou : nous sommes à bout de course. Dans cette réalité, il n’y a rien à espérer. L’opportunisme ne paie pas. Le carriérisme n’amène rien et ne cause qu’ulcères, psychoses, mariages ou obligations. « Alternative » ne signifie qu’auto-exploitation, ghettos, meetings. L’intelligence est fatigante. La stupidité est ennuyeuse.

Il serait logique de se poser des questions simples, telles que : «Comment voudrais-je vivre ? » « Dans quelle sorte de société ou de non-société ? » « Qu’est-ce que j’aimerais faire ? » « Où voudrais-je aller ? » « Quels sont mes vœux et mes désirs indépendamment de ce qui semble réalisable ou pas ? » Et tout ceci non pas dans un avenir lointain (les réformistes parlent toujours d’un avenir qui commence dans 20 ans), mais de notre vivant, pendant que nous sommes encore en bonne santé, disons : dans cinq ans.

La réalité dominante essaie d’expulser cette sorte de rêves. Ce sont les rêves de la seconde réalité.

La Machine a forgé la réalité et nous a appris à percevoir la réalité à sa manière. Depuis Descartes et Newton, elle a digitalisé nos pensées et la réalité, elle a tracé des chemins de oui/non à travers le monde et notre esprit. Nous croyons à la réalité parce que nous y sommes habitués. Aussi longtemps que nous acceptons la réalité de la Machine, nous en sommes les victimes. La Machine utilise la culture digitale pour pulvériser nos rêves, nos pressentiments, nos idées. Les rêves et les utopies sont stérilisés dans les romans, les films et la musique commerciale. Mais la réalité est en crise. Chaque jour de nouvelles fissures apparaissent et l’alternative oui/non n’est rien moins qu’une menace apocalyptique. La dernière réalité de la Machine est son auto-destruction. Notre réalité, la seconde réalité, celle des anciens et des nouveaux rêves, ne peut pas être enfermée dans un réseau de oui/non.

Elle refuse à la fois l’apocalypse et le statu quo.

 

Fin du Chapitre « Une terrible gueule de bois »

La religion devient le business des sectes, la nature est exploitée par le tourisme et le sport, l’amour du pays dégénère en prétexte idéologique pour les industries d’armements, la sexualité est commercialisée, etc.

Il n’y a pas de besoin qui ne puisse être transformé en marchandise, mais en devenant marchandise il est réduit et mutilé. Certains besoins se prêtent particulièrement mal à la production de masse, notamment le besoin d’une expérience personnelle authentique. L’intégration dans la Machine ne réussit que partiellement et de plus en plus de gens demandent une « pause ». Le succès des mouvements écologistes, des pacifistes, des minorités ethniques ou régionalistes, de la « nouvelle religiosité » (les églises progressistes ou pacifistes) et des sous-cultures homosexuelles est probablement dû à ces insuffisances de la Machine-Travail Planétaire. Partout où l’on redécouvre ou bien où l’on crée des identités en deçà de la logique économique, il y a des nœuds ABC. Des intellectuels, des employés, des femmes et des hommes se retrouvent en tant qu’objecteurs de conscience sans se préoccuper de leurs emplois. Les membres des professions les plus diverses se retrouvent en tant qu’homosexuels. Les Indiens, les Basques ou les Arméniens luttent ensemble. Les femmes aussi… Une sorte de nouveau nationalisme (ou régionalisme) dépasse les barrières de la profession et de l’éducation. La Vierge noire de Czestochowa a contribué à unir les travailleurs, les intellectuels et les paysans polonais. Ce n’est pas un hasard si, ces derniers temps, ce sont presque toujours des mouvements de ce genre qui ont atteint une certaine

intensité. Leur pouvoir substructeur se fonde sur la multiplication des rencontres ABC.

La première réaction de la Machine a toujours été de jouer l’un contre l’autre les éléments de ces rassemblements et de rétablir le vieux mécanisme du rejet mutuel.

Les mouvements mentionnés ci-dessus n’ont produit que des dyscos ABC superficielles et de courte durée. Dans de nombreux cas, les travailleurs des différentes catégories ne se sont rencontrés qu’à l’occasion d’un seul événement puis sont retombées dans leurs divisions quotidiennes. Ceci a créé beaucoup de mystifications. Pour exercer une influence durable, ils devraient aussi être capables de remplir des tâches quotidiennes en dehors de la Machine. Ils devraient essayer d’organiser l’entr’aide, l’échange extra-monétaire de services et de fonctions culturelles concrètes dans les quartiers. Dans ce contexte, ils devraient anticiper les bolos, les accords de trocs et l’auto suffisance alimentaire.

Les idéologies (ou les religions) ne sont pas assez fortes pour dépasser des barrières telles que le revenu, l’éducation, la position sociale. Les catégories ABC doivent se compromettre dans la vie quotidienne.

Certains niveaux d’auto-suffisance, d’indépendance de l’État et de l’économie doivent être atteints pour stabiliser de tels nœuds de dysco.

On ne peut pas travailler 40 heures par semaine et avoir encore assez de temps et d’énergie pour des initiatives de quartier. Les nœuds ABC doivent être plus qu’un décor culturel, ils doivent être capables de remplacer au moins une petite fraction du revenu monétaire et libérer une partie de temps.

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